La fin de semaine dernière, j'ai assisté à quatre assemblées générales (*) à Cluny, dans l'école des Gadz'Arts. On n'en parlerai
pas plus que ça si je n'avais rencontré un jeune Dury du Brionnais . On a parlé du pays... et comme il habite Sologny, ça tombe bien, j'avais une histoire (vraie) à lui raconter :
10 septembre 1817, une heure de l’après-midi, quatre individus masqués et mâchurés, tous armés de fusils doubles, arrêtent une
voiture publique sur la grand route de Mâcon, à proximité de Sologny. Une diligence qui venait de Charolles. Une seule personne était dans la voiture. Deux des scélérats braquent
leur fusil pendant que les autres fouillent le chargement et la voiture. Ils coupent les valises.
- Il n’y a que des paquets de la Poste, s’énerve un des hommes…
- La recette de Cluny ou celle de Charolles devrait se trouver dans cette voiture hurlait un autre en constatant également qu’il
n’y avait pas ce qu’ils cherchaient.
Le voiturier et le passager ne bronchaient pas. Les bandits s’éloignèrent à toute hâte en constatant leur échec sans leur faire
aucun mal. Ils rejoignirent d’autres complices qui se tenaient en lisière du bois.
La voiture de Cluny qui apportait à Mâcon un versement de dix mille francs… passa un peu plus tard.
Déjà, le 3 août, le maire de Suin avait alerté les autorités sur une
étrange bande qui avait paru dans sa commune : la veille, vers sept heures du matin, un de ses administrés était venu le prévenir qu’il avait vu du feu dans un petit bois situé sur la
route de Charolles à Mâcon, entre (le) Mont et Curtil sous Buffières (c’est un peu imprécis mais l’homme avait été assez effrayé parce qu'il s’était approché et avait aperçu
trois particuliers en chapeaux ronds).
Le maire avait aussitôt présumé qu’il s’agissait
de mendiants et pris son fusil pour aller leur parler, accompagné de trois hommes sans arme. L’endroit où se trouvaient les mendiants, même mal décrit par le témoin, fut assez facile à trouver
car le maire avait du flair :
- Sur cette hauteur d’où l’on découvre la route et les environs, il est facile de se cacher, proclama-t-il à son escorte. Voyez
ces rochers si bien disposés dans ce but…
Il envoya les trois hommes de son escorte pour encercler les mendiants tandis qu’il se rendait seul dans l’endroit où avaient
été vus les hommes à chapeaux ronds.
Ils étaient quatre, en fait, armés chacun d’un fusil, dont deux fusils doubles. Deux d’entre eux portaient des vestes bleues et
un pantalon de drap gris, pour l’un, blanc pour l’autre.
Le premier avait de grandes moustaches rousses et des favoris, une grosse figure « où se lisait son tempérament décidé et
téméraire » (le maire pouvait dire ça du premier coup d’œil…) Il portait sur la tête une casquette recouverte d’un mouchoir de soie noire.
Le deuxième avait une barbe noire et un chapeau rond à grandes ailes. Il avait l’air d’un paysan.
Le maire détailla ensuite le troisième qui était couvert d’une carmagnole (1) bleue sur un pantalon en cotonne rayée rose et
blanc et le quatrième, un autre chapeau rond sur la tête, avait un habit de drap bleu et un pantalon rayé bleu et blanc. Son visage était un peu marqué de petite vérole.
« Ils sont mieux équipés que moi, se dit le maire et trop bien habillés pour des mendiants. Mais je vais quand même les
interroger. »
- Par quels motifs êtes-vous dans ce bois, leur demande-t-il après son examen attentif ?
- Ne vous inquiétez pas à cet égard, lui répondit la barbe rousse…
- Oui, mais encore ? on m’a dit que vous êtes ici depuis l’aurore ?
- C’est notre affaire, répondit hardiment la barbe rousse. Je vous ai dit de ne pas vous inquiéter.
- Votre réponse ne me satisfait guère. Je vous ai demandé de me dire ce qui vous amène ici, dans ce bois, à une heure aussi
matinale, sans que vous soyez de ce coin.
- Nous sommes des hommes bien malheureux, geignit un des chapeaux ronds.
- Je compatis, souffla le maire qui en attendait davantage.
- Nous cherchons à sauver nos têtes, continua l’homme. Mais ne vous mettez pas en embarras de savoir, nous sommes tranquilles :
nous avons bien vu le paysan qui est venu vous avertir. Si nous avions eu à craindre votre venue, nous serions partis depuis longtemps…
Pas moyen d’en savoir plus… Comme la différence de puissance de feu n’était pas en faveur du maire, il préféra se retirer sans
chercher à leur mettre la main dessus. Il rentra au village pour chercher du renfort mais ne trouva personne disposé à une telle tentative. Courageusement, le maire repartit seul vers le bois
mais, bien sûr, il n’y avait plus qu’un tas de braises.
En redescendant du repaire des quatre bandits, il croisa des habitants de l’endroit qui lui annoncèrent qu’ils avaient vu la
troupe du côté de Sivignon où ils avaient demandé la route de Cluny…
Ces informations de premier ordre que le maire s’était empressé de griffonner à l’intention du sous Préfet n’avait
malheureusement pas empêché l’attaque de la diligence. Cependant, jusque là, rien ne disait que ces hommes des bois avaient fait le coup.
Pendant quatre jours, le capitaine commandant la compagnie de Saône et Loire battra la campagne avec tous les hommes
disponibles, dans des conditions difficiles de ces contrées couvertes de bois et assez montueuses.
Finalement, un sous lieutenant de trente-deux ans sera arrêté dans une rue de Tournus. Pourquoi aussi loin du théâtre des
opérations et des recherches ?… C’est ça le métier !
L’individu avait déjà été repéré près de Plottes (c’est à plus de cinquante kilomètres. Le métier vous dis-je !) mais il
avait pris la fuite en injuriant la garde nationale après avoir armé son fusil. Cette fois, il était coincé.
- Ou étiez-vous le 10 septembre, lui demanda le capitaine ?
- J’étais chez moi. Je suis sorti vers trois heures pour aller voir des amis.
Malheureusement, ses amis-alibis ne confirmèrent pas sa visite… Une perquisition a son domicile permit de saisir un fusil
double, tiens tiens ! une veste grise, une chemise bleue et surtout… des papiers injurieux contre le Roi et la famille royale.
Un an plus tard, le 5 septembre 1818, la brigade de Tournus arrêtera les quatre individus recherchés (2).
Dossier M 100bis des Archives Départementales de Saône et Loire
(1) Sorte de vêtement entre la veste et l'habit : collet retombant sur les épaules ; revers très courts dont le sommet était
découpé en angle aigu et qui se renversaient sur la poitrine ; basques étroites avec des poches à l'extérieur ; plusieurs rangées de boutons de métal sur le devant. Ce vêtement fut beaucoup porté
pendant la Révolution (Littré)
(2) Ils étaient quatre lors de l’attaque et on en arrête quatre, « prévenus d’avoir fait partie de la bande » qui a attaqué la
diligence. Si on ajoute le lieutenant, le compte n’est pas bon alors ?
(*)A toutes fins utiles... Coopérative fournisseur d'électricité renouvelable : ENERCOOP http://www.enercoop.fr/, Société financière éthique : http://www.lanef.com/, investissement solidaire dans les terres agricoles : http://terredeliens.org/spip.php?article317, investissement citoyen dans l'énergie renouvelable : http://www.energie-partagee.org/contexte/contexte
