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histoire locale

Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 22:58




La fin de semaine dernière, j'ai assisté à quatre assemblées générales (*) à Cluny, dans l'école des Gadz'Arts. On n'en parlerai pas plus que ça si je n'avais rencontré un jeune Dury du Brionnais . On a parlé du pays... et comme il habite Sologny, ça tombe bien, j'avais une histoire (vraie) à lui raconter :

10 septembre 1817, une heure de l’après-midi, quatre individus masqués et mâchurés, tous armés de fusils doubles, arrêtent une voiture publique sur la grand route de Mâcon, à proximité de Sologny. Une diligence qui venait de Charolles. Une seule personne était dans la voiture. Deux des scélérats braquent leur fusil pendant que les autres fouillent le chargement et la voiture. Ils coupent les valises.


- Il n’y a que des paquets de la Poste, s’énerve un des hommes…


- La recette de Cluny ou celle de Charolles devrait se trouver dans cette voiture hurlait un autre en constatant également qu’il n’y avait pas ce qu’ils cherchaient.


Le voiturier et le passager ne bronchaient pas. Les bandits s’éloignèrent à toute hâte en constatant leur échec sans leur faire aucun mal. Ils rejoignirent d’autres complices qui se tenaient en lisière du bois.

La voiture de Cluny qui apportait à Mâcon un versement de dix mille francs… passa un peu plus tard.

 

 

Déjà, le 3 août, le maire de Suin avait alerté les autorités sur une étrange bande qui avait paru dans sa commune : la veille, vers sept heures du matin, un de ses administrés était venu le prévenir qu’il avait vu du feu dans un petit bois situé sur la route de Charolles à Mâcon, entre (le) Mont et Curtil sous Buffières (c’est un peu imprécis mais l’homme avait été assez effrayé parce qu'il s’était approché et avait aperçu trois particuliers en chapeaux ronds).

 

diligence.jpg

 

 

 Le maire avait aussitôt présumé qu’il s’agissait de mendiants et pris son fusil pour aller leur parler, accompagné de trois hommes sans arme. L’endroit où se trouvaient les mendiants, même mal décrit par le témoin, fut assez facile à trouver car le maire avait du flair :

- Sur cette hauteur d’où l’on découvre la route et les environs, il est facile de se cacher, proclama-t-il à son escorte. Voyez ces rochers si bien disposés dans ce but…

Il envoya les trois hommes de son escorte pour encercler les mendiants tandis qu’il se rendait seul dans l’endroit où avaient été vus les hommes à chapeaux ronds.

Ils étaient quatre, en fait, armés chacun d’un fusil, dont deux fusils doubles. Deux d’entre eux portaient des vestes bleues et un pantalon de drap gris, pour l’un, blanc pour l’autre.

Le premier avait de grandes moustaches rousses et des favoris, une grosse figure « où se lisait son tempérament décidé et téméraire » (le maire pouvait dire ça du premier coup d’œil…) Il portait sur la tête une casquette recouverte d’un mouchoir de soie noire.

Le deuxième avait une barbe noire et un chapeau rond à grandes ailes. Il avait l’air d’un paysan.

Le maire détailla ensuite le troisième qui était couvert d’une carmagnole (1) bleue sur un pantalon en cotonne rayée rose et blanc et le quatrième, un autre chapeau rond sur la tête, avait un habit de drap bleu et un pantalon rayé bleu et blanc. Son visage était un peu marqué de petite vérole.

« Ils sont mieux équipés que moi, se dit le maire et trop bien habillés pour des mendiants. Mais je vais quand même les interroger. »

- Par quels motifs êtes-vous dans ce bois, leur demande-t-il après son examen attentif ?
- Ne vous inquiétez pas à cet égard, lui répondit la barbe rousse…
- Oui, mais encore ? on m’a dit que vous êtes ici depuis l’aurore ?
- C’est notre affaire, répondit hardiment la barbe rousse. Je vous ai dit de ne pas vous inquiéter.
- Votre réponse ne me satisfait guère. Je vous ai demandé de me dire ce qui vous amène ici, dans ce bois, à une heure aussi matinale, sans que vous soyez de ce coin.
- Nous sommes des hommes bien malheureux, geignit un des chapeaux ronds.
- Je compatis, souffla le maire qui en attendait davantage.
- Nous cherchons à sauver nos têtes, continua l’homme. Mais ne vous mettez pas en embarras de savoir, nous sommes tranquilles : nous avons bien vu le paysan qui est venu vous avertir. Si nous avions eu à craindre votre venue, nous serions partis depuis longtemps…

Pas moyen d’en savoir plus… Comme la différence de puissance de feu n’était pas en faveur du maire, il préféra se retirer sans chercher à leur mettre la main dessus. Il rentra au village pour chercher du renfort mais ne trouva personne disposé à une telle tentative. Courageusement, le maire repartit seul vers le bois mais, bien sûr, il n’y avait plus qu’un tas de braises.

En redescendant du repaire des quatre bandits, il croisa des habitants de l’endroit qui lui annoncèrent qu’ils avaient vu la troupe du côté de Sivignon où ils avaient demandé la route de Cluny…

Ces informations de premier ordre que le maire s’était empressé de griffonner à l’intention du sous Préfet n’avait malheureusement pas empêché l’attaque de la diligence. Cependant, jusque là, rien ne disait que ces hommes des bois avaient fait le coup.

Pendant quatre jours, le capitaine commandant la compagnie de Saône et Loire battra la campagne avec tous les hommes disponibles, dans des conditions difficiles de ces contrées couvertes de bois et assez montueuses.

Finalement, un sous lieutenant de trente-deux ans sera arrêté dans une rue de Tournus. Pourquoi aussi loin du théâtre des opérations et des recherches ?… C’est ça le métier !

L’individu avait déjà été repéré  près de Plottes (c’est à plus de cinquante kilomètres. Le métier vous dis-je !) mais il avait pris la fuite en injuriant la garde nationale après avoir armé son fusil. Cette fois, il était coincé.

- Ou étiez-vous le 10 septembre, lui demanda le capitaine ?

- J’étais chez moi. Je suis sorti vers trois heures pour aller voir des amis.


Malheureusement, ses amis-alibis ne confirmèrent pas sa visite… Une perquisition a son domicile permit de saisir un fusil double, tiens tiens ! une veste grise, une chemise bleue et surtout… des papiers injurieux contre le Roi et la famille royale.

Un an plus tard, le 5 septembre 1818, la brigade de Tournus arrêtera les quatre individus recherchés (2).

 

 

 

 

Dossier M 100bis des Archives Départementales de Saône et Loire

 


(1) Sorte de vêtement entre la veste et l'habit : collet retombant sur les épaules ; revers très courts dont le sommet était découpé en angle aigu et qui se renversaient sur la poitrine ; basques étroites avec des poches à l'extérieur ; plusieurs rangées de boutons de métal sur le devant. Ce vêtement fut beaucoup porté pendant la Révolution (Littré)
(2) Ils étaient quatre lors de l’attaque et on en arrête quatre, « prévenus d’avoir fait partie de la bande » qui a attaqué la diligence. Si on ajoute le lieutenant, le compte n’est pas bon alors ?

 

(*)A toutes fins utiles... Coopérative fournisseur d'électricité renouvelable  : ENERCOOP  http://www.enercoop.fr/, Société financière éthique : http://www.lanef.com/, investissement solidaire dans les terres agricoles :  http://terredeliens.org/spip.php?article317, investissement citoyen dans l'énergie renouvelable : http://www.energie-partagee.org/contexte/contexte

Par midy - Publié dans : histoire locale
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Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 23:48



En 1846, Louise ITHER,  native de Saint Pierre d’Albigny, est emprisonnée à Charolles  pour vagabondage et vol.

 

  la-veuve-copie-1.jpg

 

 

Devant le Tribunal, elle se défend de l’accusation de vagabondage : elle a un domicile, à Trévoux, elle y habite avec un de ses enfants…. Et elle justifie de moyens d’existence !

- Mais le 3 décembre, vous étiez bien au milieu de la foule sur le champ de foire de Chauffailles ? Vous vous êtes approchée de la femme Ballandras de Tancon, vous l’avez serré au corps et vous lui avez enlevé une bourse contenant deux cents francs…

Aux cris de la volée, la veuve (et d’autres personnes étrangères, hum hum…) disparaissent dans la foule.

 

Pas très longtemps. On l’arrête, on l’amène à la femme Ballandras :

- Oui ! c’est bien elle qui me serrait tout à l’heure pendant que mon argent m’était dérobé.

- C’est une habitude chez vous, affirme le Tribunal. Déjà au mois de juin dernier, on vous a vue en compagnie de deux individus… vous fouilliez les poches des femmes qui se trouvaient à la foire de Belmont.


Elle a 72 ans…

 

 

 

 

 

 

(un an de prison et le Procureur du roi en rajoute une couche : cinq ans de surveillance)

Par midy - Publié dans : histoire locale
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Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 22:50







Des observations très intéressantes ont été publiées sur ce sujet [l’enchérissement constant de la vie] mais celles qui ont le plus frappé sont condensées dans une étude que Monsieur Adrien Dariac, député de l’Orne vient de publier.

(…)

Parmi les causes permanentes, Monsieur Dariac signale le rapport déséquilibré entre la production et la consommation, le contre-coup de l’augmentation de la contribution du producteur dans l’application de certaines lois d’assistance sociale, le bénéfice des intermédiaires, les transports trop coûteux…

« La monnaie, écrit-il, n’a plus la même valeur qu’autrefois. La valeur nominale du billet, le pouvoir d’échange ont considérablement décru. En d’autres termes, on n’obtient pas le même poids de denrées, la même quantité de services que naguère. »

« Je crois fermement que si l’on tentait de remédier à la crise actuelle en rapprochant le producteur du consommateur (…), cette crise perdrait beaucoup de son acuité. »


in Le Journal de Charolles, novembre 1912

 

 

(*) article similaire : Il nous faut un Président du pouvoir d'achat

Par midy - Publié dans : histoire locale
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Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 20:31

remplacé par "Pouvoir d'achat en berne"

 

Par midy - Publié dans : histoire locale
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Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 22:46



22 avril 1807, Jean-Baptiste Delaméthérie*, procureur impérial au tribunal de première instance de Charolles fait citer devant le juge de paix le prêtre de la Clayette Antoine Arnaud :

D'après le Procureur, Claude Alexis de Noblet avait donné au prêtre Arnaud l’usufruit de quelques propriétés sur Varennes et Curbigny (« domaine de la Barraude » ? dénomination disparue) et, en l’an V, par acte sous seing privé, le même Claude Alexis et son fils aîné Charles Etienne Adrien lui avaient cédé l’usufruit du domaine de Gueurce.

 

Et, au milieu, coule une rivière.

 

Gueurce.jpg

 

Or, voilà que monsieur Arnaud s’est permis de faire une digue transversale qui empêche l’écoulement des eaux qui se déversent alors dans le pré de monsieur Delaméthérie et en « pourrissent » le sol… l’herbe se transforme en jonc et adieu veaux, vaches, cochons, couvée… Bien pire : il existe une haie entre les deux propriétés que le prêtre a fait « tondre », ce qui lui permet de s’en prendre ensuite au fermier de monsieur Delaméthérie dont les bêtes, évidemment, s’ensauvent dans ses prés.

Devant le juge, le prêtre Arnaud rétorque que la citation de monsieur Delaméthérie est « dérisoire et peu réfléchie » :

- Vous vous présentez comme usufruitier de monsieur de Noblet depuis l’an V ? A cette époque, les haies et les fossés de la rivière existaient comme faisant partie du bail passé à mon profit devant Maître Leclerc le 18 avril 1790. Je ne suis donc pas ici comme usufruitier de monsieur de Noblet mais comme son fermier.

Et toc !

- Par ailleurs, comme le décide la Loi, (là, il s’exprime en latin, quelque chose que je ne comprends pas**) et ainsi que monsieur de Malville l’explique dans son analyse du Code Civil (on voit qu’il n’avait pas grand chose à faire le curé), l’usufruitier ne peut jouir de la chose que comme elle existait lorsqu’elle lui a été cédée…

Et re-toc !

- Au surplus, comme les haies et la digue, exécutée sur ordre et avec l’agrément de monsieur de Noblet, appartiennent à ce dernier, l’article 614 du code Civil vous oblige, monsieur Delaméthérie, à avertir le propriétaire avant d’engager une action sur ce point. Votre action est donc mal dirigée. Elle n’est que le fruit d’une humeur tracassière !

On fait quoi, maintenant ?

 

- Comme je ne parviens pas vous concilier, je vous renvoie devant le tribunal compétent, conclut le juge de paix.

Je n’ai pas cherché la suite, mais le tribunal compétent, c’est celui de Charolles. Chez monsieur Delaméthérie en quelque sorte !

 

 

(*) orthographié ainsi. On a déjà parlé de lui : Jean-Baptiste de la Méthérie, rebelle et lettré de la Clayette

(**) mais ce n’est pas « Nemo audiri debet propriam allegans turpitudinem »  

Par midy - Publié dans : histoire locale
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