Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Encombrant cadeau

par midy 19 Mai 2011, 12:28 histoire



Le Docteur Gabriel François Circaud de la Clayette était un personnage assez original :

Paul Muguet le décrit comme grand sec, d’une tenue parfois négligée. Il le compare à Don Quichotte parce qu'il parcourait le pays monté sur un grand cheval maigre  (in Annales de l’Académie de médecine de Mâcon 1909, page 213) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k213638c/f298)


Membre du jury médical du Département de Saône et Loire
Membre de l’Académie royale de médecine de Paris
Chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur
Médecin des épidémies du Département

Il publie « De l'influence des artères cérébrales antérieures sur l'organe encéphalique »

On écrit même un poème en son honneur

 

« Les trois nuits d’un goutteux »

 

Leur disciple Circaud, devenu leur émule,
Accourt auprès de moi, par l’amitié conduit.
Son éloquence me séduit ;
Ma débilité le stimule
(…)
Mon esprit, ma tête et mon cœur
De l’art qui m’a sauvé proclame la puissance
Et du Pinde par moi les échos avertis
Vont répéter ce cri de ma reconnaissance :
Circaud triomphe d’Arthritis !

 

Paris Lefèvre – 20 pages

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55491844.r=circaud.f196.langFR.hl 1819
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61246202.r=circaud.langFR

 

 

 

 

Le Docteur Circaud décède  le 3 mai 1842.

 

 

Il était ami de Lamartine, qu'il établit comme son légataire universel.

Une attention bien encombrante, qu’on en juge :


Je donne à Monsieur Alphonse de Lamartine, membre de l’Institut national de France, poète sublime, tous mes biens meubles et immeubles (…)



N’ayant point de parents très près et connaissant la délicatesse de Monsieur de Lamartine qui peut remettre à un des miens tout ce que je possède, je déclare que ce n’est nullement mon intention et il (parce que je l’aurais fait si je l’avais voulu) ferait beaucoup de peine à ma mémoire. Je lui donne tout ce que je possède en biens meubles et immeubles parce qu’il est mon meilleur ami et qu’il m’a honoré toute sa vie de sa bienveillante amitié ainsi que Madame de Lamartine.

C'était le 3 juillet 1841.

Le 10 juillet, complément, pour le cas où le premier texte ne serait pas assez explicite :

Je soussigné Gabriel François Circaud, dernier de ce nom…

Je donne à Monsieur Alphonse de Lamartine, membre de l’Institut national de France, homme d’un génie sublime et doué de toutes les vertus, tous mes biens meubles et immeubles…

Comme je connais la délicatesse et les sentiments élevés de Monsieur de Lamartine, je le supplie et le conjure de ne jamais disposer des biens meubles et immeubles que je lui donne en faveur d’aucun de mes parents pour lesquels, sans en excepter un seul, je n’ai aucune affection parce qu’ils m’ont tous occasionné beaucoup de chagrin et abreuvé ma vie de tribulations perpétuelles. Ils ne méritent pas que je m’occupe d’eux.

Jamais depuis près de trente quatre ans, l’amitié dont monsieur de Lamartine a bien voulu m’honorer ne s’est ralentie d’un instant. C’est la seule personne de laquelle j’ai reçu des témoignages d’une sincère amitié et d’un grand dévouement, ainsi que de madame de Lamartine (…).

J’espère donc et je le supplie une seconde fois, je le conjure même de tout conserver pour lui parce que ce sont mes sentiments. Je n’ai eu de la sympathie que pour lui.

Ce que je lui donne est peu de chose pour lui qui a une grande fortune et une position sociale un million ( ?) de fois supérieures à la  mienne. Si, par hasard, il conservait ma maison, elle pourrait devenir pour lui une retraite momentanée de méditation puisqu’il m’a dit qu’elle avait, près du lac de la Clayette, une position poétique.

(…)

Je prie mon héritier et ceux qui se rappelleront de moi de me faire inhumer près de madame Marguerite Cortembert, ma vertueuse, pieuse et tendre épouse, décédée le 3 juillet à onze heures du soir l’an de grâce 1841, jour et heure de douloureuse mémoire pour moi. (*)

PS (…) Je n’ai rien donné à une femme qu’on appelle Elizabeth Circaud femme Gérard de la Gaudinière, espèce de sœur qui a fait dès sa naissance le chagrin de toute sa famille. Elle a été pour moi un monstre et la cause de tous mes chagrins (…) Aussi, je la répudie de toute mon âme et ce serait faire injure à ma mémoire que mon héritier lui fit la remise d’un centime. Je le dis dans la sincérité de mon cœur.

 

 

(*) D’après Paul Muguet, durant les nuits, l’infortuné vieillard, poussant des cris de douleur, parcourait les corridors, visitait toutes les chambres, à la recherche de sa pauvre femme disparue

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Haut de page