Lundi 26 janvier 2009
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Avant la révolution, vingt cinq paroisses du Brionnais (dont Saint Racho, Curbigny, Bois Sainte
Marie...) se battent contre les Etats du Mâconnais qui veulent leur imposer de prendre le sel au grenier de la Clayette en le taxant fortement, alors que les habitants du Brionnais crient haut et
fort qu'ils n'ont rien à voir avec les Etats du Mâconnais, qu'ils dépendent de Dijon... Pour éviter de prendre le sel taxé à la Clayette, ils avaient l'habitude, depuis longtemps, d'aller dans le
Lyonnais ou en Beaujolais.
Une bataille qui durait depuis deux siècles favorisait la contestation mais aussi, hélas, les visites domicilaires, ces perquisitions déplorables, menées par des brigades exécrées de la
population.
Voilà le compte rendu d'une de ces visites. C'est évidemment la version des brigades, mais on voit bien que derrière le style exagérément administratif de ce procès-verbal, les hommes du sel
avaient la tête enflée par l'importance de leur injuste mission. Le texte original est écrit sans ponctuation, d'une seule phrase, prétentieuse...
L’an 1788 et le vingt sixième jour de janvier, sur environ les deux heures après midi, à la requête de Messieurs des Etats du Mâconnais comme à celle de Maître
Jean Baptiste M, adjudicataire général des fermes, aides et gabelles de France, demeurant à paris du Grenelle paroisse saint Eustache, poursuites et diligence de Maître Charles Perret directeur
général de la Régie desdits Etats demeurant à Mâcon rue Bourgneuf paroisse saint Pierre (…)
Nous soussignés André Routier, Joseph Besson, Joseph Lalime, Etienne Hugon et André Tournier, brigadier, sous-brigadiers et employés des fermes du Roi et des Etats du Mâconnais en poste au bourg
de la Clayette, ayant tous serment en justice, savoir Routier et Lalime pardevant messieurs les officiers juges élus en l’élection de Mâcon, Besson pardevant les juges des traites à Dijon et les
autres dénommés pardevant qui de droit, munis de nos commissions et prestations de serment, revêtus de nos bandoulières à vue aux armes du Roi et à celles de la province du Mâconnais certifions
qu’étant à l’heure susdite dans le hameau de Bocot (Boucaud) paroisse de Saint Racho en Mâconnais pour y prendre le relevé des feuilles des
gabelles ou billets de regrat, nous sommes entrés au domicile du nommé Jacques Boucaud habitant dudit lieu, accompagné de Pierre Gelin, témoin requis, le syndic absent, après avoir déclaré nos
qualités audit Boucaud, l’avons sommé de par la loi de nous représenter ses feuilles de gabelle et billets de regrat avec tout le sel qu’il avait pour l’usage de sa maison, nous a répondu n’avoir
ni l’un ni l’autre. Nous avons déclaré audit Jacques Boucaud que nous entendions faire une exacte visite dans toute l’étendue de son domicile, lui observant que si nous y trouvions du sel, que
nous le saisirions comme faux et qu’il ait à nous y accompagner.
Y procédant en sa présence et celle de notre dit témoin, nous sommes parvenus dans un grenier attenant à la maison, où nous avons trouvé caché sous du chanvre, un sachet de toile contenant
environ trois onces de sel, ce que nous avons fait observer audit Boucaud et témoin qui, sommé de nous dire de qui et combien il avait acheté ledit sel et ait à nous en justifier la levée par une
feuille de gabelle ou un billet de regrat provenant d’un grenier du Mâconnais, nous a répondu n’en avoir point, attendu qu’il avait acheté ledit sel d’un homme à lui inconnu et qu’il ne lui avait
délivré aucune feuille de gabelle. Vu l’exposé ? dudit Boucaud et la fraude par lui commise, nous lui avons, parlant à sa personne, présent notre témoin, déclaré procès verbal et la saisie de
sondit sel. Nous nous en sommes réellement saisi aux susdites requêtes, ayant tous ensemble descendu dans la cuisine munis dudit sel laissé dans le même sachet et pesé avec un crochet que ledit
Boucaud avait, qui s’est trouvé du poids de trois onces, lequel sachet c
ontenant ledit sel saisi que nous avons lié d’une ficelle sur le nœud de laquelle avons apposé de l’un de nous sur cire rouge des plaques ? dont l’empreinte est ci-contre, sommé ledit
Boucaud et témoin d’y apposer les leurs à côté des nôtres, comme de venir avec nous au grenier à sel de la Clayette pour être présents à une nouvelle pesée et dépôt que nous entendions y faire
(…) Etant sur le point d’acter, ledit Jacques Boucaud aurait reconnu son tort et nous aurait offert une somme de vingt une livres et les frais du verbal, pour lui tenir lieu d’amende à sa
contravention, nous, commis, voyant le peu d’objets saisis, nous avons accepté ladite somme sous le bon plaisir et vouloir de nos supérieurs, laquelle somme pour être remise en mains de Monsieur
Friset(*), contrôleur des crues au bourg de la Clayette et, à l’instant, sommes partis dudit domicile munis dudit sel saisi, pour nous rendre au grenier à sel de la Clayette où étant et parlant à
Monsieur Garmier, faisant pour Monsieur de Saint Loup receveur des gabelles audit grenier et procédé à la pesée dudit sel qui s’est trouvé du même poids que ci-devant dit dont mondit
sieur Garmier s’en est chargé pour le représenter lorsqu’il en sera requis et a signé avec nous pour sa charge et garde et ladite somme de vingt une livres que nous avons remise es mains de
Monsieur Friset contrôleur, qui a de même signé et pour en compter à qui de droit.
De tout quoi nous avons rédigé le présent qui nous certifions sincère en tout son contenu pour servir et valoir ce que de raison.
Fait et clos audit grenier les jour mois et an susdits où nous nous sommes soussignés chacun pour ce qui nous concerne.
(*)Friset, le contrôleur, sera emprisonné à Charolles par les révolutionnaires...